Au bout de la rue

Département : Orne

 

Yohan Lelaizant n’est pas le dernier trublion de la cuisine normande, soit ! Mais il est encore moins l’enfant sage qu’il se plaît à paraître.

Il se dit insatisfait permanent, il ne prend du plaisir que si tout s’enchaîne sans accroc. Ne pas savoir où il va est une source de stress, et comme le stress c’est inutile, Yohan Lelaizant ne laisse jamais le hasard s’insinuer dans sa cuisine. Si on en reste là, on vous a dressé le portrait d’un chef tor- turé et austère. Et peut-être pire : sans âme ! Et bien c’est tout le contraire ! Yohan Lelaizant est appliqué, maître de lui, mais depuis sa cuisine-labo ouverte sur la salle, il est aussi capable de dégoupiller quelques plats retentissants. Ou de vous catapulter au milieu des prés, façon pique-nique, avec un éclair à la mousse de chèvre fumé, carottes fanes, asperges, magret et pesto. Printemps es-tu là ? Avec son bar monochrome, l’exercice est autrement plus périlleux. On se retrouve sur un fil tendu prêt à rompre : l’acidité du sureau et du cassis vous fait tanguer dangereusement, mais la rondeur sucrée de la betterave rétablit l’équilibre pour préserver au final la délicatesse du bar. Voici un plat assumé, une sorte de grand huit, dont Yohan Lelaizant n’aurait sûrement pas pris le risque il y a quelques années.

Plus mature, plus nature

Trois ans après notre première rencontre, Yohan Lelaizant ne s’est pas totalement reprogrammé. Son amour de la cuisine est toujours là. Son envie de jouer avec les classiques aussi. Dans cet esprit, sa pavlova poire-chocolat au coeur de meringue fondante est assurément un très beau dessert de répertoire. Mais il s’est ouvert à la cuisine féminine pour sa sensibilité. Il a aussi introduit les cueillettes sauvages pour explorer de nouvelles sensations, implanté un jardin d’aromatiques avec Michael Hewitt, spécialiste des plantes rares. “Le mot d’ordre reste d’offrir du plaisir mais j’ai aussi besoin d’être sûr de l’origine des produits, de la manière dont une bête est élevée. C’est une question de qualité mais aussi de vigilance et de responsabilité…” Yohan Lelaizant a définitivement choisi son camp mais il n’en a pas fini avec le métier. Certains cuisinent comme ils vont à l’usine, lui, il se lève gaillard, comme si chaque jour était une lutte contre l’ennui.

Informations pratiques
ADRESSE
Au bout de la rue

60, rue de la Gare • 61100 Flers

02 33 65 31 53
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Menus : 18,50 € • 23,50 € • 48 €