La Buhôtellerie – Tendance backpacking

Département : Manche
Buhôtellerie - Jobourg - MyNormandie

Ne cherchez pas d’équivalent à l’horizon. Entre l’auberge de jeunesse et le refuge de montagne, la Buhôtellerie invente un nouveau concept d’hébergement touristique qui n’existe nulle par ailleurs. Pour l’expérimenter, il vous faudra partir en maraude du côté du Nez de Jobourg, dans la Hague. 

Si comme nous, vous êtes des inconditionnels de la Hague, il vous est peut-être arrivé de ne pas savoir où dormir le soir. Difficile, en saison, de trouver une chambre d’hôtes à l’improviste ou un hôtel sans réserver. Souvent, un repli sur Cherbourg s’impose ou carrément un retour dans vos pénates. Aujourd’hui, il existe une nouvelle alternative au Nez de Jobourg, dont l’adresse circule par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux : la Buhôtellerie.

 

Buhôtellerie Simon Cervantes - Jobourg - MyNormandie

 

Simon Cervantes, enfant du pays, a imaginé un lieu d’accueil pour les itinérants, notamment les randonneurs qui font le GR par étapes ou ceux qui arrivent en voiture pour quelques jours et qui rayonnent en étoile. “Mais ce sont aussi des familles, des retraités qui viennent s’offrir une parenthèse, détaille Simon. Chacun vient avec son projet, son histoire et on se retrouve tous autour de la table. Chacun peut cuisiner, allumer le barbecue, les gens qui ne se connaissaient pas une heure plus tôt partagent un verre, parfois leur repas, et passent la soirée ensemble. On n’organise rien, on met juste les lieux à disposition pour favoriser les interactions.”

Cette grande maison de pierre, idéalement située à la pointe de la Hague, Simon l’a achetée avec son frère en 2017. L’auberge est née, ainsi qu’un gîte attenant. Au bout de trois saisons, les lieux fonctionnent beaucoup mieux que les prévisions les plus optimistes.

 Buhôtellerie 2 - Jobourg - MyNormandie

Buhôtellerie 3 - Jobourg - MyNormandie

 

Une grande coloc

Le concept de la Buhôtellerie est totalement nouveau sous nos latitudes, mais très répandu en Australie, en Nouvelle-Zélande ou même en Grande-Bretagne. Ce sont les guesthouses ou les backpackers. La Buhôtellerie est comme une grande colocation à 15 personnes, mais pour une nuit. Elle se compose de chambres partagées (7 lits pour la plus grande) et de quelques chambres doubles privées. Le salon, la cuisine, le jardin sont partagés. L’ambiance ? Comparable à l’esprit d’un refuge de montagne qui n’est qu’une halte sur la route et l’auberge de jeunesse où on se retrouve entre copains ou en famille. Et ça se passe dans une grande maison familiale, avec son histoire et une chaleur qu’on ne retrouverait pas dans un établissement construit pour devenir un hôtel. 

Systématiquement, lorsque Simon reçoit des hôtes, il fait la présentation des lieux et du principe pour éviter toute méprise. “Il peut y avoir 15 personnes le soir. Quand on vient à pied, on est isolé en campagne, d’où l’épicerie de secours qui vous assure au moins une bonne soupe ! Si on veut boire une bière le soir, mieux vaut l’amener. Dans un refuge de  montagne, les randonneurs sont dans ce contexte. Ici, il n’y a pas de précédent. Il faut donc découvrir le principe, mais c’est rare que les gens se trompent et annulent leur réservation.” 

 

Buhôtellerie 4 - Jobourg - MyNormandie

Une utilité publique

Prêts à repartir, les derniers randonneurs terminent leur petit déjeuner dans la grande salle. Il est 10 heures et la maison se vide. Simon justifie la politique de prix, particulièrement accessible (25 Ä en chambre partagée). “On ne voulait pas que le coût de la nuitée soit un obstacle. Si nous voulions être plus cher, nous serions dans un autre esprit et les clients seraient plus exigeants, s’attendraient à trouver des services hôteliers. Ici, nous mettons à disposition un lieu le plus sympa possible et les gens apportent leur humeur.” 

En contrepartie, la Buhôtellerie propose beaucoup de souplesse. “Nous habitons sur place, donc nous sommes présents quasiment tout le temps. On peut arriver à 23 h, mais quand j’ai envie d’aller surfer, j’y vais. Si les gens arrivent plus tôt que prévu, ils envoient un texto et s’installent, et on se voit une heure plus tard. C’est basé sur la confiance, l’autonomie et l’indépendance des gens. On ne retrouve pas ça ailleurs.”

L’idée du lieu partagé implique une certaine promiscuité. “C’est vrai, il faut adhérer au principe car avec une cuisine partagée, on expérimente les dangers de la colloc ! Mais on esquive ces dangers avec le fait que les gens, pour la plupart, ne resteront qu’une seule nuit. Ils n’ont pas le temps de prendre de mauvaises habitudes. Ici, c’est un relais. Ça ne dérange personne de faire sa vaisselle aussitôt. Et tout le monde ne cuisine pas en même temps. Chacun son style, son rythme… Les dérapages n’arrivent quasiment jamais. Les gens sont hyperrespectueux.”

Et quand l’auberge est complète ? “Si vous êtes à pied, on vous dépannera avec une solution de secours, ou on vous renverra vers des amis qui ont des chambres. On ne laisse personne sur la route. On a aussi une « utilité publique » car quand on arrive ici à 20 h 30, sans voiture, c’est comme en montagne. Les lieux de passage se sont vidés. Certains randonneurs pensent trouver des campings tout au long du GR mais c’est loin d’être le cas. On doit toujours garder une place pour un randonneur en détresse. D’ailleurs les gens du coin nous connaissent bien maintenant. Ils déposent chez nous les randonneurs épuisés qu’ils ont pris en autostop.”

 

Pour un tourisme respectueux

On est donc loin de ces auberges que l’on retrouve à Courchevel ou sur les plages de surf avec une capacité parfois de 500 personnes, et la mauvaise réputation de certains backpackers qui affluent sur les villes festives avec leur sac à dos. Simon Cervantes tient à conserver une taille modeste et maîtriser l’ambiance. “Ici on passe de bonnes soirées, mais on ne fait pas la fête. Les gens viennent dans la Hague pour marcher, faire du sport, être au contact de la nature. On peut venir avec sa bouteille de vin dans le sac à dos mais on sait aussi que la sobriété est le garant d’une bonne cohabitation. De toute façon, il faut faire 15 km aller-retour pour se réapprovisionner !”

La Buhôtellerie propose un esprit différent et elle trouve naturellement sa place dans l’idée d’un tourisme respectueux dans la Hague. Mais le projet doit encore se développer pour toucher totalement au but. Simon, qui a fait des études en maraîchage bio, est en train de créer une micro-ferme et un jardin en permaculture avec l’objectif que la maison devienne autonome en fruits et légumes pour fournir les petits déjeuners et les repas du soir. “On n’a quasiment pas fermé depuis l’ouverture pour achever les travaux et pour comprendre comment le lieu fonctionnait. On prévoit à l’avenir une ouverture saisonnière avec une pause entre la Toussaint et Pâques. Aujourd’hui, c’est le voyage qui vient à nous. On aimerait pouvoir repartir à notre tour…”

 

Informations pratiques
ADRESSE
La Buhôtellerie

50440 Jobourg

06 63 82 55 85 / 02 50 79 74 59
TARIFS

25 € par personne en chambre partagée

56 €  pour 2 personnes (chambre mansardée ou chalet)

Petit déjeuner : 4 € par personne