Beuvron-en-Auge : Histoire d’une résurrection

Département : Calvados

 

Fermeture des commerces, pente démographique, disparition des services publics…
Les symptômes de la désertification rurale sont partout les mêmes.
Sauf à Beuvron-en-Auge. Ici, les villageois ont choisi de prendre en main leur destin.

8h 30, place Vermughen. Par petits groupes épars, une quarantaine de touristes scandinaves visitent le village de Beuvron-en-Auge sur la pointe des pieds. Derrière les volets clos, pas une âme qui vive… Le silence règne encore, comme si le coq lui-même avait oublié l’heure du réveil.

Un quart d’heure plus tard, sur le parking de la mairie, les voyageurs se regroupent devant leur bus. Partis de Paris avant l’aube, attendus en fin de matinée au Mont-Saint- Michel, il ne leur reste que 10 mn pour éveiller leurs sens aux douceurs du Pays d’Auge. Sur une table pliante, une dégustation s’improvise : jus de pomme, biscuits, pommeau, calvados… Un concentré de senteurs qui laissera peu de traces dans la mémoire olfactive de ces touristes furtifs.

10 h 30, place Vermughen. Corinne Lecoeur ouvre enfin le Café du Coiffeur. Quelques tables sont alignées sur le trottoir étroit. À l’intérieur, une salle minuscule avec son comptoir lambrisé, des affiches aux murs, des bolées de cidre suspendues aux étagères. Pas matinale, Corinne. “Ah ça non ! Je ne suis pas une lève-tôt. Je dors comme une bienheureuse.” Et les clients perdus ? Corinne hausse les épaules : “De toute façon, ils sont toujours pressés.”

“Râleuse professionnelle”, comme elle se définit avec malice, Corinne Lecoeur regarde passer le flot des touristes. Un mouvement perpétuel, comme une vague qui déferle et se retire, laissant le village à nu le soir venu. “Ce n’est plus le village que j’ai connu. Sous l’ancienne halle, détruite dans les années 60, il y avait des bals, des projections de cinéma, les fêtes scolaires. Un peu plus loin, il y avait le garage et sa station service. On a aussi perdu les métiers de bouche. Les nouvelles allaient bon train dans les commerces.” Certes, l’ambiance a changé, mais la vie de village existe encore, sans doute plus fragile car la population a connu un grand brassage. Mais pas de quoi bouleverser les habitudes. Le Café du Coiffeur affiche toujours cet écriteau antique qui stipule : “On peut amener son manger.” Folklore ? Demandez à la voisine qui vient de s’attabler avec sa baguette fraîche et son pot de confiture… “Cela a toujours été comme ça, justifie Corinne.”

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le N° 7 de MyNormandie à partir du 16 septembre.

© Stéphane Maurice

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