John Batho, une histoire de couleurs

Département : Calvados
batho-Mynormandie

 

Au début des années 60, John Batho fut l’un des premiers photographes à travailler la couleur pour sa puissance créatrice alors que celle-ci n’était digne que de la pratique populaire des photos de vacances. Le musée de Normandie retrace le parcours artistique de ce pionnier.

batho-Mynormandie2Visite de l’exposition en petit comité, la veille de l’ouverture au public. John Batho règle les derniers détails d’un accrochage que lui a commandé le musée pour retracer son itinéraire artistique en Normandie, de 1962 à 2015. “L’exposition donne l’illusion que je suis strictement normand”, s’excuse-t-il avec un léger sourire. “Ce n’est pas tout à fait vrai”. Mais à l’évidence, la région lui a inspiré quelques-unes de ses plus belles séries. L’exposition en présente 8 en 129 photos, et la première dévoile sa “Normandie intime”, jamais montrée, celle d’un Pays d’Auge familier. Suit immédiatement “Honfleur, couleur locale”, qui fait ressurgir un village de pêcheurs définitivement perdu, avec ses bateaux fantomatiques dans la brume du port, ses bleus lavés et ses gris cotonneux… La série “Giverny”, une commande de France 3, s’intéresse au jardin de Monet comme antichambre de l’atelier. Ici, c’est le rythme de l’accrochage et la transition des teintes qui font onduler la couleur autour d’un détail… La série “Déchiré”, intervient comme un accident : le rouge intense d’une feuille de papier déchirée qui s’intercale entre l’objectif et le paysage. John Batho joue sur l’effet de surprise, le contraste aléatoire, pour nous prouver que la couleur et une matière vivante.

Nageuses en plein ciel

Avec ses “Nageuses” qui évoluent dans une eau limpide, la nage et le vol se confondent dans une chorégraphie en suspens. “La couleur ne se réduit pas à elle-même, elle agit”, souligne John Batho qui joue ici sur l’ambiguïté de ce bleu piscine si particulier. Avec la série “Parasols”, réalisée à Deauville de 1977 à 2011, Batho se fait récidiviste, “au contraire des photographes qui ne font que passer”, pour saisir, année après année, la délicatesse des teintes ou le froissé des toiles. Pour la série “Nuages-peintures”, John Batho tente de peindre avec des fragments de ciel et les nuances des nuages. Avec “Sur le sable”, la dernière série présentée, le photographe profite du point de vue offert depuis la digue de Cabourg pour saisir les estivants écrasés de lumière, sur leur serviette, à l’abri d’un parasol. Spectacle étrange et presque cocasse. La photographie éclairée par la couleur ? John Batho en donne une évidente démonstration.

Jusqu’au 26 septembre > MDN – Caen
Tél. 02 31 30 47 60 musee-de-normandie.caen.fr
Horaires > Ouvert tous les jours, de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h, et le week-end de 11h à 18h.
Tarifs > 3,50 € / Gratuit – 26 ans.

 

Texte et photos : Stéphane Maurice

Informations pratiques