Honfleur Normandie Outlet

Posté le : 07-11-2016 - Écrit par : - Dans la catégorie : Non classé
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Le village de marques sort enfin de terre

Que manquait-il à la Normandie pour améliorer son attractivité touristique ? La délocalisation d’un musée national ? L’implantation d’un grand parc d’attraction ? Non. Un nouveau temple du shopping, qui pourrait tenir un rôle stratégique dans l’économie normande. Pourquoi, comment ? Le projet passé à la loupe. 

“C’est un projet ambitieux et extraordinairement positif parce qu’il transforme le désespoir en espoir.” Le 14 octobre, devant un parterre conquis, Michel Lamarre, maire d’Honfleur, n’a pas eu peur de se  montrer très emphatique pour qualifier la naissance du village de marques qui s’installe actuellement au pied du Pont de Normandie. Un projet mené comme on gagne une bataille éreintante, émaillée d’embûches, de revers, et finalement conclue par un dénouement heureux. La pose d’une première pierre est toujours un événement qui incite à voir l’avenir avec optimisme. Mais pourquoi le “Honfleur Normandie Outlet” est-il annoncé comme unique en son genre. Quel impact aura-t-il dans une ville déjà classée 3e destination française (hors Paris) avec 3,7 millions de visiteurs ? Qu’y trouvera-t-on qui n’existe pas encore ailleurs ?  

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Elus locaux et porteurs du projet rassemblés sur le chantier lors de la pose
de la (très grosse) première pierre le 14 octobre 2016.

 

Outlet ?

Il faudra du temps pour se familiariser avec le terme à moins de lui trouver un surnom ! En attendant, il faut chercher un équivalent français ? “Magasins d’usine”, “coin des bonnes affaires” ?  L’esprit n’y est pas. Le plus proche serait “Village de marques”. Alors peut-être faut-il en passer par un anglicisme pour décrire ce que l’on ne connaît pas encore, à savoir cette nouvelle expérience autour de la “Mode in Normandy”. Mais la finalité, pour le consommateur, reste bien la même : bénéficier de prix avantageux  (- 30 %) sur des collections antérieures mais récentes (de 18 mois à 3 mois seulement).

 

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Détail sur l’allée centrale.

 

 

Arlésienne ?

Oui, ce village de marques, soutenu par la ville de Honfleur depuis 10 ans, a bien failli devenir une Arlésienne. Mais en coulisse, le projet n’a jamais cessé de se remodeler au gré des aléas, même quand la Rabobank a quitté le jeu en 2013, même quand l’impatience et le scepticisme ont commencé à gagner toute une région cet été. Annoncée au printemps 2017, l’ouverture est maintenant prévue pour l’automne 2017, soit 12 mois après la pose de la première pierre. Réalisable ? Il vaudrait mieux, car les fêtes de Noël devraient lourdement peser sur les comptes d’exploitation dès la première année.

 

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Entrée du village.

 

Français ?

Oui et non. La cocarde nouvellement apparue sur les logos lance un clin d’oeil aux touristes étrangers. Oui l’esprit français, mode et chic, sera au rendez-vous à Honfleur. Oui, les opérateurs sont Français, au premier rang desquels la Shema (société d’économie mixte régionale en charge de l’aménagement et de la construction du village de marques), et Adventail, opérateur et gestionnaire du projet. Le financement, en revanche, provient d’un fond d’investissement anglais (Resolution Property) qui a décidé d’investir 60 millions d’euros (30 % en fonds propres, le reste financé par des fonds américains qui gardent pour l’instant l’anonymat).

 

Marques ?   

Galeries Lafayette Kusmi Tea, Levi’s, O’Neill, Pepe Jeans, Lindt, Nike, le groupe Vivarte (Minelli, André, San Marina…). En octobre, 50 % des signatures d’enseignes étaient déjà acquises. Un démarrage très satisfaisant selon Franck Verschelles, d’Adventail, qui ambitionne d’enclencher rapidement la commercialisation de la phase 2 pour proposer, à terme, une offre de 100 boutiques et 18 000 m2 de surfaces de vente.

  

Emplois ? 

300, 500, 2000 ? Les chiffres évoqués ici et là entretiennent la confusion. Pour y voir clair, il faut distinguer le village de marques en phase 1, qui devrait représenter 300 embauches (avec 80% en CDI assure Franck Verschelles). Puis 200 emplois supplémentaires quand la phase 2 se constituera autour d’enseignes haut de gamme. Pourquoi 2 000 emplois sont-ils avancés, Parce que le village de marques n’est qu’un élément d’un parc d’activités plus vaste, en cours d’aménagement sur 125 hectares, une partie de l’ancienne ZIPEC.  Cette friche de 800 hectares n’est jamais devenue la zone industrialo-portuaire escomptée depuis 1962 ! Toujours des plans sur la comète ? Difficile effectivement d’envisager dès aujourd’hui les 1 500 emplois manquants. Mais un Centre Leclerc doit s’y implanter ainsi qu’une plateforme logistique de 12 hectares. Durant la construction, le chantier occupera 130 emplois…

 

Beau ? 

On le sait tous, les images d’architectes sont généralement trompeuses. Cependant, le traitement architecturel tel qu’il est présenté aujourd’hui donne envie d’y croire. Imaginer votre approche depuis le Pont de Normandie. Le Vieux Bassin et Sainte-Catherine à tire d’aile, et en contrebas l’estuaire de la Seine, Le village est là, presque imperceptible, émergeant dans un craquelure du paysage. Edouard François, l’architecte retenu pour concevoir le village, sera jugé sur la qualité intrinsèque de la construction autant que sur son intégration paysagère. A demi enterré sous des buttes végétalisées, le village sera organisé autour d’une rue centrale d’inspiration médiévale, et trois maisons normandes, modèles iconiques par excellence qui ne devraient pas évoquer un pastiche régionaliste…

 

Pratique ?

Advantail ne le dira pas aussi brutalement, mais l’objectif, c’est de vous retenir captif du village le plus longtemps possible et de multiplier les sollicitations. Pour cela il faut une offre commerciale pertinente et se sentir bien dans un village de marque. La première impression étant souvent produite dès le parking, 2 000  places sont prévues (1 parking extérieur, 2 couverts). La restauration sera assurée par 3 restaurants, l’information touristique par un office de tourisme et un accueil tours-opérateurs. Il subsiste un doute quand aux infrastructures routières. Seront-elles capables d’absorber le surcroît de trafic au pied du pont de Normandie ?

 

Potentiel ?

A cette heure, aucun projet de cette nature n’est susceptible de concurrencer Honfleur dans le Grand Ouest. Il était donc urgent de prendre pied sans tarder au cœur d’une zone de chalandise qui représente 2,5 millions de résidents à moins de 90 minutes (situés entre Caen, Le Havre et Rouen).  Mais le projet espère aussi capter une partie des 12 millions de touristes qui visitent la Normandie tous les ans. Resteront-ils sur le site, visiteront-ils Honfleur parfois proche de l’asphyxie ? Le Vieux-Bassin pourra-t-il réserver une découverte agréable à de nouveaux visiteurs venus en seconde intention ? Le commerce local sera-t-il concurrencé ? Sur ces points, pas encore de réponses…

 

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 Vue aérienne nocturne ou se matérialisent les maisons normandes qui abriteront les restaurants.